[ Review d'Album ] Nova Spei — Trinitas : renaître de ses cendres
Dernière mise à jour : 4 oct.

Nova Spei fait partie de la scène métal québécoise depuis déjà un bon moment. Formé à
Trois-Rivières en 2012, le groupe a connu plusieurs changements au fil des années, sorti
deux albums et accumulé les spectacles avant d’arriver aujourd’hui avec Trinitas, son
troisième album.
Et beaucoup de choses ont changé depuis le précédent.

Nova Spei revient avec une formation renouvelée, notamment avec Emmanuelle
Desbiens-Dubois au chant aux côtés de Nicolas Dumais-Brouillette. Plutôt que de passer rapidement par-dessus cette période de changement, le groupe en a fait une partie
importante de Trinitas. L’album tourne beaucoup autour de cette idée de reconstruction, de
ce qu’on laisse derrière et de la force qu’on peut retrouver après avoir traversé certaines
épreuves.
Et pour nous amener là-dedans, Nova Spei commence d’une façon plutôt inattendue.
La pièce-titre Trinitas ouvre l’album avec des cloches et une ambiance qui ressemble
presque à une prière. Les paroles viennent mettre la table pour ce qui suivra et,
musicalement, on est encore loin de toute la lourdeur qui nous attend.
Il suffit cependant d’arriver à Renaissance pour que ça change.
Trois coups de cymbales ouvrent le morceau, puis tout part. J’ai particulièrement aimé
l’enchaînement entre les deux premières pièces. Il est simple, mais fonctionne vraiment bien
: après l’ambiance plus solennelle de Trinitas, on a soudainement l’impression que l’album
vient réellement de commencer.
Et à partir de là, ça frappe.
Trinitas est un album lourd. Les riffs sont massifs, la batterie cogne et Nova Spei ne cherche
certainement pas à adoucir les choses. Ce qui m’a surpris, par contre, c’est à quel point les
treize morceaux s’écoutent facilement les uns à la suite des autres. Même avec cette
lourdeur qui revient constamment, je n’ai jamais eu l’impression d’entendre la même
chanson pendant quarante minutes.
Résonance, entièrement instrumentale, contribue justement à cette impression. Elle arrive
naturellement dans l’album et permet de changer momentanément la dynamique sans
casser ce qui avait été installé jusque-là.
Puis il y a Enterré vivant.
Son introduction m’a immédiatement fait penser à un beat industriel. Il y a quelque chose de
froid et de mécanique dans les premières secondes du morceau qui tranche avec ce qu’on
vient d’entendre. Ce n’est pas nécessairement un énorme changement de direction, mais
c’est assez pour donner une personnalité différente à la chanson avant que toute la
puissance du groupe reprenne sa place.
Et au milieu de tout ça, il y a les voix.
C’est probablement l’élément qui m’a le plus marqué pendant mon écoute. Malgré toute la
lourdeur derrière elles, les voix d’Emmanuelle et Nicolas s’harmonisent avec une fluidité qui fait énormément de bien à l’ensemble.
Il n’y a jamais cette sensation que l’un doit prendre le dessus sur l’autre. Au contraire, les
deux voix trouvent leur place et fonctionnent ensemble. Et avec une instrumentation qui peut
devenir aussi imposante, cet équilibre devient rapidement une des forces de l’album.
Plus j’avançais dans Trinitas, plus je trouvais aussi que Nova Spei avait réussi à garder un
lien entre ses morceaux. Il y a des changements d’ambiance, des passages plus directs et
d’autres qui prennent davantage leur temps, mais on ne perd jamais complètement le fil
installé au début.
C’est probablement pour cette raison que Drap blanc fonctionne aussi bien comme dernière
pièce.
La chanson commence avec les bips caractéristiques d’un moniteur cardiaque d’hôpital.
Après un album qui nous parle autant de reconstruction et de retour, cette introduction
ramène forcément à quelque chose de beaucoup plus fragile.
Et surtout, elle m’a fait repenser à la façon dont l’album avait commencé.
D’un côté, les cloches et cette ambiance de prière de Trinitas. De l’autre, les sons froids
d’une machine d’hôpital sur Drap blanc. Entre les deux, treize morceaux qui racontent
chacun à leur façon où Nova Spei en est rendu aujourd’hui.
C’est finalement ce que j’ai aimé de Trinitas. Le concept est présent, mais l’album ne repose
pas uniquement dessus. Il y a des riffs qui frappent, une rythmique solide, quelques
changements d’ambiance vraiment intéressants et surtout cette combinaison vocale qui
donne une couleur particulière à cette nouvelle mouture du groupe.
Après les changements et les épreuves traversées par Nova Spei, le groupe aurait
facilement pu revenir en essayant simplement de reprendre là où il s’était arrêté.
À l’écoute de Trinitas, on sent plutôt qu’il avait envie d’aller ailleurs.
Et parfois, revenir plus fort commence justement par accepter qu’on ne reviendra pas
exactement comme avant.
—
Sacha Gonthier – Éloquence Art

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