[ Entrevue ] Floraclee – le comeback après 10 ans
- Sach Gonthier

- il y a 4 jours
- 6 min de lecture

Il y a des groupes qui disparaissent sans laisser de traces.
Et d’autres qui continuent d’exister quelque part dans la mémoire des gens, même après des années de silence.
Floraclee fait partie de ceux-là.
Après une décennie d’absence, le groupe québécois revient avec RUIN, un album qui ne cherche pas à recréer le passé ni à jouer sur la nostalgie facile. Au contraire, ce retour semble porté par quelque chose de beaucoup plus humain : le temps qui passe, les blessures qu’on traîne encore et cette étrange nécessité de transformer tout ça en musique.
Dans une scène où plusieurs groupes reviennent simplement pour raviver une époque, Floraclee donne plutôt l’impression d’avoir encore quelque chose à dire.
Et dès les premières notes, on comprend rapidement que ce retour ne sonne pas comme une renaissance parfaite.
Il sonne vrai.
Quand vous avez recommencé à jouer ensemble… c’était comment pour vrai ? Le premier moment où vous vous êtes retrouvés comme avant.
C’était intense. Ce n’était pas juste “un band qui revient”. C’était des gars qui avaient vécu, qui avaient tombé, qui avaient perdu des bouts d’eux-mêmes en chemin. Dès les premières notes, il y avait quelque chose qui est revenu naturellement, comme si une partie de nous était restée là, en attente.
Mais en même temps, ce n’était plus exactement comme avant. On avait changé. On avait vieilli. On portait des choses qu’on ne portait pas en 2007.
Est-ce que Floraclee vous a manqué pendant ces 10 années-là… ou c’était quelque chose que vous aviez laissé derrière vous ?
Floraclee nous a manqué, oui. Même si on avait essayé de passer à autre chose, ça n’a jamais complètement disparu. La musique, les souvenirs, l’énergie du band, les shows, les gens qu’on a croisés… tout ça est resté quelque part.
À l’époque, on a eu de belles possibilités. On a croisé la route ou partagé la scène avec des groupes comme Blessthefall, Drop Dead, Gorgeous, Greeley Estates, Taking Back Sunday, Underoath, Armor For Sleep, et plusieurs autres. Aujourd’hui, plusieurs de ces bands-là sont devenus de grands noms de l’industrie. Ils jouent en tête d’affiche, dans de grandes salles, devant des foules énormes.
Nous, malheureusement, on n’a pas suivi le cap à ce moment-là. Ce n’est pas quelque chose qu’on dit avec jalousie. Au contraire, on est fiers de voir ces groupes-là encore vivre et grandir. Mais quand tu regardes ça après plus de 20 ans, tu ne peux pas faire autrement que de penser à ce qui aurait pu arriver si on avait été dans un meilleur état, avec les bons outils, au bon moment.
La moitié du monde ne nous reconnaît plus, et c’est normal. Beaucoup de choses ont passé depuis. Plusieurs membres ont joué dans d’autres projets, dans d’autres bands, dans d’autres scènes. Mais Floraclee est resté quelque part en nous.

Ruin a l’air d’un album plus sombre, plus introspectif… est-ce que ça vient directement de ce que vous avez vécu ces dernières années ?
Oui, complètement. Ruin vient directement de ce qu’on a vécu. Pendant ces années-là, certains d’entre nous sont tombés dans la consommation, dans des mauvaises passes, dans des moments où tu ne sais même plus vraiment qui tu es.
Et à la fin, ce qui nous restait… c’était cet album-là.
Ruin, c’est exactement ça : une ruine. C’est ce qu’il reste quand tout s’écroule. Quand les efforts, les rêves, les relations, la santé mentale, la confiance en soi… tout tombe en morceaux. Mais au lieu de cacher ça, on a décidé de le transformer en musique.
Y’a-tu des choses que vous avez vécues qui ont complètement changé votre façon d’écrire aujourd’hui ?
Oui. Les années, les erreurs, les pertes, les dépendances, les blessures, les traumas… tout ça a changé notre façon d’écrire.
Pour Autumn, les problèmes de consommation étaient souvent liés à son enfance, à des blessures profondes qu’il portait depuis longtemps. Avec le temps, ça s’est ressenti dans le band aussi. L’album parle beaucoup de son enfance, du mal qu’il a porté sur ses épaules pendant des années, et de choses qu’il n’a pas toujours réussi à dire autrement que dans les paroles.
Avant, on écrivait avec l’urgence de jeunes gars qui voulaient sortir ce qu’ils ressentaient. Aujourd’hui, c’est plus profond. Il y a plus de recul, plus de douleur aussi, mais plus de vérité.

Avant, votre musique avait déjà ce côté émotionnel-là… mais aujourd’hui, est-ce que ça vient d’un endroit différent ?
Oui. Avant, c’était l’émotion d’être jeune, la rage, la peine, l’envie de crier ce qu’on ne comprenait pas encore complètement.
Aujourd’hui, ça vient d’un endroit beaucoup plus lourd. Ça vient du poids des années, des dépendances, des choses qu’on a essayé de survivre en silence, des blessures d’enfance, des relations brisées, de la santé mentale, et de tout ce qu’on a gardé trop longtemps en dedans.
On ne veut plus juste crier pour crier. On veut que chaque phrase ait un poids. On veut que les gens puissent se voir dans nos chansons, que l’émotion agisse avec eux, et qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls.
Est-ce que vous avez essayé de contrôler la direction de l’album… ou vous avez juste laissé sortir ce qui venait ?
On a laissé sortir ce qui venait. Ruin n’a pas été écrit pour être parfait. Il a été écrit parce qu’on avait besoin de le sortir de nous.
On n’a pas essayé de fabriquer quelque chose. L’album s’est construit avec ce qu’on portait en dedans. Certaines chansons sont arrivées comme des confessions. D’autres comme des cris qu’on retenait depuis longtemps.
Est-ce que certaines chansons de Ruin sont plus difficiles à jouer ou même à revivre que d’autres ?
Oui. Certaines chansons sont difficiles à jouer, pas seulement musicalement, mais émotionnellement. Elles ramènent à des endroits sombres, à des souvenirs, à des moments qu’on n’a pas nécessairement envie de revisiter tout le temps.
Mais c’est aussi pour ça qu’elles sont importantes. Chaque chanson porte une partie de ce qu’on a vécu. On parle de tout ça avec émotion, mais aussi avec du recul. On ne glorifie pas la consommation. On ne suggère ça à personne. C’est seulement une partie de notre histoire, et on veut la transformer en quelque chose qui peut aider les autres.
Quand vous écoutez l’album aujourd’hui… est-ce que vous entendez encore les gars que vous étiez en 2007 ? ou c’est complètement autre chose ?
On entend encore un peu les gars qu’on était en 2007. L’émotion est encore là. La passion aussi. Mais ce n’est plus la même chose.
C’est Floraclee avec des cicatrices. C’est le même cœur, mais avec beaucoup plus de vécu. À l’époque, on était souvent dans la consommation, dans le chaos, dans des états qu’on ne souhaite à personne. Aujourd’hui, on regarde ça avec lucidité.
On laisse le passé à sa place. On ne reviendra jamais à ce qu’on était avant.
Revenir après 10 ans… ça doit changer la relation avec le public aussi. Vous le ressentez comment ?
Oui, ça change tout. Aujourd’hui, chaque écoute, chaque message, chaque personne qui nous dit qu’elle se reconnaît dans nos chansons, ça nous touche vraiment.
Avant, on voulait se faire entendre. Aujourd’hui, on veut connecter pour vrai. On veut faire vivre aux gens ce qu’on a vécu, pas pour les tirer vers le bas, mais pour qu’ils puissent se reconnaître là-dedans. Pour que quelqu’un qui écoute l’album puisse se dire : “Je ne suis pas seul à ressentir ça.”
Aujourd’hui, Floraclee, c’est quoi pour vous ? Pas le band… mais ce que ça représente.
Floraclee, aujourd’hui, c’est une façon de survivre.
Ce n’est plus juste un band. C’est ce qui restait quand il ne restait presque plus rien. C’est notre ruine, mais c’est aussi la preuve qu’on peut encore créer quelque chose de vrai avec les morceaux brisés.
Floraclee, c’est une fleur. Une fleur qui réussit à pousser dans une terre pleine d’os et d’histoires. Une fleur qui réussit à fleurir malgré l’ombre et le manque de soleil.
Floraclee représente ce qu’on a vécu, ce qu’on a perdu, ce qu’on n’a jamais réussi à oublier, mais aussi ce qu’on choisit enfin de transformer en musique. C’est une reconstruction. C’est laisser le passé derrière, sans le nier. C’est avancer avec les cicatrices, mais sans redevenir les personnes qu’on était avant.
Avec RUIN, Floraclee ne revient pas simplement pour rappeler qu’il a déjà existé.
Le groupe revient avec les cicatrices, les années et les épreuves qui viennent avec le temps. Et c’est probablement ce qui rend ce retour aussi humain.
À travers les passages plus lourds, les moments de vulnérabilité et cette tension constante entre fragilité et explosion émotionnelle, RUIN donne surtout l’impression d’écouter un groupe qui a appris à transformer ses blessures en quelque chose de sincère.
Pas un retour nostalgique.
Une continuité.
Et après dix ans de silence, Floraclee semble enfin prêt à laisser parler tout ce qui était resté enfoui sous les ruines.
Leur nouveau single Beneothan est sorti aujourd'hui ce 20 mai et WOW, un album qui promet et que nous allons attendre avec impatience!
Par Sacha & MawieFox – Éloquence Art

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