[ Entrevue ] Basterds — Le talent ne suffit pas

Il y a presque dix ans, Basterds, c’était d’abord une gang d’amis qui jammaient ensemble dans un sous-sol à Drummondville.
À l’époque, pas de contacts dans l’industrie, pas vraiment d’expérience et encore moins la certitude que tout ça les mènerait quelque part. Seulement cinq gars, de la musique et l’envie de construire quelque chose ensemble.
Puis les années ont passé.
Les chansons se sont succédé, les kilomètres aussi. Il y a eu les spectacles, les périodes plus tranquilles, les remises en question, les sacrifices et cette nécessité de continuer même lorsque les résultats n’arrivent pas aussi rapidement qu’on l’aurait souhaité.
Cet été, le chemin les a menés du Festival d’été de Québec à Rock La Cauze, puis jusqu’à une affiche qui aurait probablement semblé assez irréelle aux gars du sous-sol : celle du Vans Warped Tour Montréal 2026.
Quelques jours avant leur passage au festival, nous avons discuté avec Basterds. Pas seulement du Warped et de ce nouveau chapitre musical qui prend forme autour de Novembre, Silence and Anger, Outcast et Soon Enough, mais aussi de ce qu’il faut laisser derrière soi pour faire vivre un groupe pendant presque dix ans.
Et surtout, de ce qui reste entre cinq amis lorsque les amplis s’éteignent.
Q — Basterds est né d’une gang d’amis qui jammaient ensemble dans un sous-sol. Presque dix ans plus tard, vous vous retrouvez sur l’affiche du Vans Warped Tour. Quand vous regardez le chemin entre ces deux moments-là, qu’est-ce qui vous frappe le plus?
R — Ce qui me frappe le plus, c’est probablement de réaliser à quel point la constance, la résilience et la persévérance sont importantes si tu veux bâtir quelque chose dans ce milieu-là.
Quand on repense à la scène locale d’il y a presque dix ans, il y avait plusieurs bands qui étaient aussi bons, et même meilleurs que ce que Basterds est aujourd’hui. Le talent était là. Mais avec le temps, tu réalises que le talent à lui seul ne suffit pas toujours.
Il faut continuer quand les résultats arrivent moins vite que prévu, traverser les périodes plus difficiles, accepter de se remettre en question et surtout continuer à rester actif.
Q — Vous venez de sortir Novembre, après Silence and Anger, Outcast et Soon Enough. On sent qu’un nouveau chapitre de Basterds est en train de prendre forme. Qu’est-ce que ces nouvelles chansons disent du groupe que vos anciens morceaux ne disaient peut-être pas encore?
R — Ces nouvelles chansons-là, c’est probablement la première fois qu’on a l’impression d’entendre Basterds exactement comme on l’a toujours imaginé.
C’est vraiment notre identité, notre son, puis la direction dans laquelle on veut aller.
Nos anciennes tunes restent importantes parce qu’elles représentent différentes périodes du band et qu’elles nous ont permis d’expérimenter, d’évoluer et surtout de comprendre ce qu’on voulait réellement devenir.
Q — Vous êtes également retournés en studio. Sans nécessairement dévoiler ce qui doit rester secret pour l’instant, dans quel état d’esprit êtes-vous en train de créer la prochaine étape de Basterds?
R — On est extrêmement excités par ce qu’on est en train de créer en ce moment. C’est le prolongement naturel de nos quatre derniers singles, mais peaufiné et travaillé au maximum sur deux années.
Q — Novembre parle notamment de cette impression de passer nos journées à courir après un paradis qui semble toujours plus loin. Quand on consacre presque dix ans de sa vie à construire un groupe, est-ce qu’il vous arrive de vous demander ce que vous avez dû sacrifier pour continuer à avancer?
R — Oui, complètement. On est très conscients des sacrifices qu’on a faits pour continuer à faire avancer Basterds. Quand tu consacres autant d’années à un projet comme celui-là, il y a forcément du temps, de l’énergie, des opportunités et des moments de ta vie personnelle que tu choisis d’investir ailleurs.
L’important pour moi, c’est que ces sacrifices aient un sens.
Après presque dix ans, on est encore là, plus motivés que jamais, et on commence à vivre des choses qui auraient été difficiles à imaginer au début pour des gars de 17, 18, 19 ans qui n’avaient aucun contact dans le milieu, aucune expérience et qui n’avaient aucune idée de ce qu’ils faisaient.
Alors oui, on regarde parfois ce qu’on a dû laisser de côté, mais on regarde surtout ce qu’on est en train de construire grâce à ça.
Q — Cet été seulement, vous êtes passés par le Festival d’été de Québec, Rock La Cauze et maintenant le Vans Warped Tour. Est-ce qu’il y a un moment où vous prenez le temps de réaliser ce qui est en train d’arriver à Basterds, ou vous êtes encore trop dans le mouvement pour avoir ce recul?
R — Je vais parler pour moi, Kevin, mais oui, je suis conscient que ce qui nous arrive présentement est vraiment le fun.
Je prends le temps d’apprécier tout ce qui se passe pour Basterds et de vivre ces moments-là à fond. Il y a beaucoup d’autres bands qui aimeraient avoir la chance de vivre ce qu’on vit présentement, alors je ne prends rien de ça pour acquis.
Je suis reconnaissant des opportunités qu’on a en ce moment, puis même si on reste concentrés sur la suite et qu’on veut toujours aller plus loin, je trouve ça important de prendre le temps de réaliser ce qui est en train de nous arriver.
Q — Et maintenant, le Vans Warped Tour. Pour cinq gars partis de Drummondville, qu’est-ce que ça représente de voir Basterds écrit sur cette affiche aux côtés de groupes qui ont marqué plusieurs générations de musique alternative?
R — C’est vraiment un honneur pour nous de faire partie de cette programmation là... Voir le nom de Basterds sur la même affiche que des groupes qui nous ont marqués, c’est vraiment cool. On est tous extrêmement excités de vivre ça.
Se retrouver aujourd’hui au Vans Warped Tour, c’est quelque chose dont on est vraiment fiers. On a surtout très hâte d’y être et de profiter pleinement de l’expérience.
Q — Le Warped rassemble autant des groupes établis depuis des décennies qu’une nouvelle génération. Pour vous, est-ce simplement un énorme spectacle à jouer, ou avez-vous aussi l’impression de représenter une partie de la scène heavy québécoise sur cette scène là?
R — Pour nous, c’est évidemment un énorme show et une opportunité qu’on est vraiment excités de vivre. Mais en même temps, je suis conscient qu’en étant un band québécois sur une programmation comme celle-là, on représente aussi, d’une certaine façon, une partie de la scène heavy d’ici.
Je ne prétends pas représenter toute la scène québécoise, parce qu’elle est vraiment large et remplie de bands incroyables, mais on est très fiers de venir du Québec.
Si notre présence au Warped peut aussi montrer qu’il se passe de belles choses dans la scène heavy québécoise en ce moment, tant mieux. C’est quelque chose qu’on porte avec beaucoup de fierté.
Q — Vos chansons abordent souvent des choses beaucoup plus vulnérables que ce que la violence de votre musique pourrait laisser croire. Est-ce que la musique heavy vous permet de dire des choses que vous auriez parfois de la difficulté à exprimer autrement?
R — Je ne pense pas que ce soit nécessairement la musique heavy qui nous permet de dire des choses qu’on aurait de la difficulté à exprimer autrement. Je pense que c’est la musique tout court. Peu importe le genre, la musique est un véhicule pour ce qu’on ressent, ce qu’on vit et ce qu’on a à dire.
Dans notre cas, la musique est lourde et agressive, mais ça n’empêche pas les sujets d’être vulnérables ou personnels. Au contraire, ce contraste fait partie de Basterds.
Au final, on utilise simplement notre musique pour exprimer ce qu’on ressent de la façon qui nous ressemble le plus.
Q — On parle beaucoup de Basterds, du groupe, des spectacles et de la musique. Mais quand vous quittez la scène et que Basterds disparaît pour quelques heures, qui sont les cinq gars derrière le band? Qu’est-ce qui vous garde proches après toutes ces années?
R — On est cinq gars qui se connaissent depuis longtemps et qui ont vécu énormément de choses ensemble. Évidemment, avec les années, chacun a développé sa propre vie, ses responsabilités, ses projets, puis on est tous assez différents les uns des autres. Mais je pense que ce qui nous garde proches, c’est justement tout ce qu’on traverse ensemble.
Après presque dix ans de band, des heures interminables sur la route, des pratiques, des shows, des bons moments comme des périodes plus difficiles, ça crée forcément des liens assez forts. Quand Basterds disparaît pour quelques heures, on redevient simplement une gang de chums. On niaise, on parle de tout et de rien, puis on profite d’être ensemble.
Je pense que cette amitié est probablement une des raisons pour lesquelles le groupe existe encore aujourd’hui.
Q — Si vous pouviez retourner dans ce sous-sol où tout a commencé et parler cinq minutes aux gars que vous étiez à l’époque, sans leur révéler tout ce qui allait arriver, qu’est-ce que vous aimeriez leur dire aujourd’hui?
R — Je leur dirais probablement rien, justement.
Le chemin qu’on a emprunté a peut-être été un peu plus long que celui de certains autres groupes, avec des détours, des erreurs et beaucoup d’apprentissage, mais c’est aussi ce chemin là qui a fait les personnes qu’on est et le Basterds que vous voyez aujourd’hui.
Quelques jours après cette conversation, Basterds montait finalement sur la scène du Vans Warped Tour à Montréal. Mais, lorsqu’on relit leurs réponses aujourd’hui, ce n’est étrangement pas le Warped qui semble raconter le mieux leur parcours.
C’est cette idée lancée dès la première réponse : le talent ne suffit pas.
Parce qu’entre le sous-sol de Drummondville et une affiche comme celle du Warped, il n’y a pas eu de raccourci. Il y a eu presque dix ans à recommencer, à apprendre, à sacrifier du temps, à se remettre en question et à continuer lorsque d’autres auraient peut-être arrêté.
Et derrière tout ça, il reste quelque chose de beaucoup plus simple : cinq chums.
Cinq gars qui ont grandi, construit leurs propres vies et pris des chemins différents, mais qui continuent de se retrouver autour de Basterds.
Peut-être que la dernière réponse résume finalement encore mieux leur histoire.
S’ils pouvaient retourner dans ce fameux sous-sol, ils ne changeraient rien. Pas de grande leçon à transmettre. Pas de raccourci à révéler. Ils laisseraient simplement ces jeunes gars faire leurs erreurs, prendre leurs détours et apprendre par eux-mêmes.
Parce que sans ces détours, Basterds ne serait probablement pas Basterds.
Et les cinq gars derrière non plus.
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Sacha Gonthier — Éloquence Art
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Chronique : Sacha Gonthier
Photos : MawieFox & Joé Lacerte



















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